Poèmes et prières d’amour – Alexandru – Theodor Amarfei


I

Cérémonie

Devant l’ancien autel, seigneur, mon prince

Dans le brouillard du soir on est montés,

Raisons  niaises s’abiment dans la vallée,

Les âmes avouent la touche de transparence.

Pour les sacrées statues il faut rien dire :

Nous deux suffîmes. En manque de chandelier,

La paix s’enflamme de nous, pour consommer

Les pièges et les faux pas, dans un sourire.

La peine de se voir nus face au destin

Son œil impitoyable ferme dessous ;  

Pour le baptême de l’éternel début

Laisse ton grabat, lève-toi, y’a le festin

Mon coeur ! J’te prête au nouveau roi, a vie

Couronne à susciter aux anges la jalousie.

Couronne à susciter aux anges la jalousie,

Mon coeur ! J’te prête au nouveau roi, a vie !

Laisse ton grabat, lève-toi, y’a le festin :

Pour le baptême de l’éternel début

Son œil impitoyable ferme dessous

La peine de se voir nus face au destin.

Les pièges et les faux pas, dans un sourire,

Ta paix s’enflamme de nous, pour consommer ;

Nous deux suffîmes. En manque de chandelier

Pour les sacrées statues il faut rien dire

Les âmes avouent la touche de transparence,

Raisons niaises s’abiment dans la vallée,

Dans le brouillard du soir on est montés

Devant nouvel autel, seigneur, mon prince

II

Piège

Coucou cruel, pendant jeunesse avide, 

Des œufs méchants le monde j’ai parsemé ;

Par mes bâtards j’ai fait défenestrer

Amour honnête avec amour perfide.

Je prétendais d’offrir la terre, les cieux,

Pour les planter, poussins illégitimes

D’une âme errante, sortie du sombre abime,

N’obéissant qu’aux vils caprices des yeux.

Et je t’ai vu. De flèche empoisonnée

Je tombe ; crevasse d’amour non partagé,

Logement dans l’éternel d’esprit démis,

L’enfer fait nid, o, Dieu, juste punition !

Coucou, ta grâce me lève au paradis,

Car tes blessures renversent gravitation…

III

Aillerons noirs

J’avais pensé qu’on manque les bonnes prières,

Seigneur, mon prince, pour te faire pardonner

A ton soldat, autant de lâcheté,  

Autant d’amères défaites pendant cette guerre !

Et tu me dis : seule chose que tu refuses

C’est de me croire : y’a pas des vaincus en moi ;

Mon cœur guérit des trahisons chaque fois,

Sans demander à ta faiblesse excuses.

Le verbe dans ton abime commute blessures

Inaccessibles aux iniquités !  

D’heureux silence, sur-lumineuse morsure 

Resplendissant d’amour ressuscité,

Volées des merles, avec divine mesure,

Attendent les becs dorés pour te chanter.

IV

Patience

Sabliers des ères trouvent leur arrêt par terre

La sécheresse meurtrit le moindre nuage

Mon prince, tu m’abandonnes à ma misère ?

Je perds le compte des jours, des mois, d’années

Pour quoi j’erre seul dans ton silence sauvage ?

Mon pauvre âme craint le venin séché…

Mais non… moi, l’impatient, j’te dis : attends… !

Quel souffle étrange de ma poitrine tu rends ?

Aveugle que j’étais, en pleine lumière,

Ta touche me fait tomber les fausses paupières !

Rayon sans âge me trouve pour regarder

Dans roche impitoyable, le mystère :

L’esprit surgit ciseaux de mes poussières,

Pour voix céleste les moules à raffiner…

V

Obéissance 

Tu m’écrives, seigneur aimé, sur sable,

Comme pour me dire : il faut avoir la foi

Contre tous les vents, inexorables

Marquer, en majesté divine, ma loi

Et, même craignant que je sois inutile,

Te faisant confiance, en manque d’astuces,

J’y vais remplir déserts de touches débiles

Que je puisse mériter une parole douce… !

Etant en train de maudire ma faiblesse

J’entends ta voix : écoute, mon cher ami

Ta touche ne manque la force, mais la finesse

Je me réveille, ravi par l’harmonie

Je touche un grain, un seul, en gentillesse

L’écho des anges tournoie une galaxie !…

VI

Piété

Comment oser de t’appeler, seigneur ?

Quand je n’ai même pas une fois touché ta croix ?

Quand je me vois fléchi par faible cœur

Ma pauvre bouche n’ose plus lever louange

Et faire perfide reproche de la même voix

Pour ma retraite devant les bêtes en rage…

Pétri de honte, ne sachant pas quoi dire

Je sens ta touche bénie. Dans un instant

Battu, percé, tu réduis au néant

Mes plaies avec les tiennes. Ton beau sourire

Me lève en-dessus de l’horizon sanglant

Comme t’es blessé ! Repose-toi dans mes bras

Qu’ils viennent nous vaincre des milliers des fois !

Sang sanctifie le sang. T’es triomphant.

VII

Prudence

Pourquoi tes armes manquent tellement l’élégance

Pourquoi y’a pas de décor sur ton bouclier ?

Tu me demandes, le jour de ta vengeance,

Seigneur, quand la victoire est à portée.

Mais, prince, ils sont des vils des pires espèces !

Leur âme, quand même, elle est à moi, tu dis ;

T’as pas encore rompu leurs rangs en pièces

Mais tu sens bien l’odeur du paradis ? 

Dans toi, l’essence est déjà consacrée;

Tu brules pour victorieux et les vaincus  

Encens que terre et cieux n’ont pas connu 

Ta gloire ne vit jamais dans les vains cœurs,

Les âmes pétries par convoitise restent nues,

Avant la guerre nous sommes déjà vainqueurs !

VIII

Sacrifice

Masse noire, avancent les lignes de l’ennemi,

Le jour se couvre des nuages sombres…

Nous sommes très peu et pas encore guéris

Faut qu’on se bat ou se sauver dans l’ombre…?

Ils ont été fiers de nous annoncer :

Nos bêtes vont vous manger les sales viandes !…

Sortez, et à l’attaque, braves camarades,

De sang on va leur insolence tremper !

Mais d’où surgit ce tourbillon sauvage ?

Pourquoi leurs rangs se déchirent en déroute ?

Toute leur grandeur s’effondre dans l’orage !

Comment dévorent leurs maitres, les lions !  

Du gout de notre sang, versé sans doute,

T’as mis leurs bêtes affreuses en rébellion… !

IX

Innocence

–       Prince bien-aimé, comblé par tes faveurs,

J’ose demander ton amitié sereine :

Comment est-ce que je puisse te faire honneur

Quand de ta grâce l’humanité est pleine ?

–       Tu vois, je suis à l’aise dans cieux et terre,

Défi aux vils esprits qui nous persiflent,

A l’aise dans la victoire ou chute amère

Y’a rien qui manque pour mon amitié,

Sauf que je voudrais de toi une gifle,

Donnée du fond de l’âme, en fierté !

Je suis percé d’un coup par la colère ;

Pensant que tu te moques de moi, j’te frappe !

Touchant ton doux visage de ma misère

Le don d’écrire pour toi ma main attrape…

X

Foi

Roi magnifique, mais vieilli sur ton trône

Et sans enfant, tu convoques tes sujets

Ecoutez ce que votre roi ordonne :

Prenez parcelles autour de mon palais

Celui qui la meilleure récolte me donne

Sera mon légitime prince héritier !

Au but d’un an, tous ont fait des miracles

La terre d’un seul jeune homme n’a rien donné…  

Tu cours parmi splendides fleurs et fruits murs  

Et tu lui passes ton sceptre pour le sacre: 

Mon fils, reçois l’honneur bien mérité !

Il n’a rien fait, les conseillers murmurent…

Tu les réprimes: menteurs, craignez ma rage !

Toutes les semences étaient cuites d’avantage !

XI

Pureté

Un pauvre camarade va au tombeau

Hélas, à ses faiblesses il tombe victime

Je crois entendre dans le sombre abime

Les soupirs de son âme faisant écho…

Une larme qui tombe depuis céleste minuit

Rencontre une, montée de ses misères,

Comme si étrange gravitation nous suit

Eclat d’un soleil noir pour toutes les sphères

Et tu nous dis : l’empreinte de ma face

Par mon amour, je viens vous emprunter.

Ni même un seul atome ne manque ma grâce !

J’arrose déjà, du droit de majesté,  

Dans décadence et débris dégueulasses

Les roses qui vont sur son tombeau pousser…

XII

Espoir

Quand tout ce que j’ai pu faire confronte la fin

Quand le corps doit subir sa décadence

Pensée, sens, volonté touchent leur destin

C’est toujours sombre. C’est l’enfer, mon prince ?

Alors, je vois l’énorme calice, rempli

Au ras, de nos faiblesses et nos misères :

Grain minuscule, perdu dans l’infini

De ton amour au-delà du temps et sphères…

Je me rappelle alors, d’une touche suave :

Ce que se perd pour toi n’est pas perdu,

Pousser vers toi défie toutes les entraves,

Y’a pas des fleurs qui poussent dehors la boue…

L’obscur qui nous attache comme des esclaves

Déborde en toi quand je me jette par-dessus.

XIII

Danse des anges

Dans l’oiseau qui gratte le ciel y’a un mot

Clé de voute elle fait voler de mon amour

Elle égare dans les hauteurs mon seul secours

Mon cœur brule des flammes parjures, comme un sot

Un poisson mange une huitre dans la mer

Il avale une perle cachée, le poisson

Elle est renfermée dedans, ma raison

Mes pensées se perdent, au fond de l’amer

Danse des grâces par vertus m’a couronné

A quoi bon ? Mon âme ne peut s’y servir

Flammes cruelles me disent : le cœur peut voler

La raison refuse dans le noir mourir

Seul espoir – qu’un ange peut récupérer

L’amour du zénith, raison – du nadir.

XIV

Danse des épées

Ils draguent vers sa fin un nouveau martyre…

Comment il regarde d’un œil courageux

La foule déchainée qui, dans son délire,

Va ovationner le coup du bourreau… !

Quand j’étais en train de laisser la rage

Envahir mon âme pour ma lâcheté

Le fer de son sang renouvelle l’épée

Dans le ciel très saint, aux mains de l’archange… !

Que je puisse saigner, du cœur plein des vices  

Sur ton cœur blessé, comme si l’échafaud

Prend sur lui le coup d’un secret supplice :

Etre à ton amour le caché héros,

Vie aux cieux surgir au bois de justice,

Renverser tranchant contre les juges faux … !

XV

Essences

Roche renfermée dans une roche dans le noir

Qui, au lieu de pouvoir garder silence,

Vient de rêver, cauchemar après cauchemar,

L’immobilité munie d’une conscience…

Pas de parole dans le noir, ni pensée.

Y’a seulement une espèce d’œil en souffrance :

Pour lui le noir est la seule liberté,

Le point nu c’est la seule abondance.

Et, soudain, tout vient d’être renversé :

Grain de lumière noyé dans la lumière

Perle noire qui ciel de nuit a séquestré

Pour se réveiller, dans le sommeil s’endort.

Je gagne le soleil, je perds la poussière

Avant que je meurs, t’étais noyé dans ma mort.

XVI

Indomptable

J’avais pensé d’avoir perdu l’amour :

Entre quatre chariots à quatre roues

Ecartelé, a quatre vents accourt

Le désespoir d’un animal garou…

Mais là il vient de faire pousser une rose ;

Ailleurs, il change une note dans chant de merle ;

Dans l’océan, il ensemence des perles

Par la poussière qui leur sera la cause !

Epée disséminée dans l’intranchable

De sa faiblesse elle semble profiter ;

Surgie d’une faible flamme instable

La terre, les cieux se laissent par elle coupés…

Quand tu viendras, dans hauteurs inguéables,

Elle, humble, t’aura creusé le palais.

XVII

Homme

Devant chaque goutte d’eau y’a océan, nuage

Sang, larme, sueur, feuille, branche, arbre, baptême

Devant chaque flamme y’a retraite ou péage

Pour fuite – les cendres, pour martyre – diadème

Devant chaque grain y’a soupire ou écho

Derrière chaque pas y’a porte ou serrure

Concert d’essences, assemblées dans un mot

Pour lequel y’a aucune salle qui perdure

Pour lequel y’a pas de flamme suffisante

Pour lequel y’a pas de prière sans parjure

Hormis le cœur ! Car dedans, séduisante

Une semence de repos résiste, acerbe

Avide d’écriture – une oreille tout-puissante

En sursaut du commencement par le verbe.

XVIII

Sacre

Comme si une roche contient déjà la cave,

Avant qu’elle puisse par l’eau se faire creuser,

Ou un ermite va trouver ses entraves

Pour que la prière puisse le consommer…

Comme si des feuilles descendent dans l’océan, 

Sans perdre leur verdure dans millénaires,

Pour joindre arbres d’une ile qui ascend

Et bruisseront printemps après des ères,

Foi en verdure noircit le rouge du sang ;

Lumière, avant lumière courant plus vite

Pour héberger parole non-prononcée

Vient de remplir, autant que t’es absent

D’empreintes de vie l’abime de l’interdit :

Hymnes et lauriers qui vont te couronner.

XIX

Contemplation

Etre dehors : pour courte joie éphémère,

Obscur exposé aux nuages des yeux,

Par volée des oiseaux je suis mis en bière,

Par clins d’œil froids – transporté au tombeau.

Etre dedans : pour une très courte tristesse

Regard après regard, crevasse mobile

Creuse au cœur le mur d’un vide inhabile,

Grange d’hiver, accueil d’animale faiblesse.

Y’a une clé de voute pour cette fluide piège,

D’un mort par regards – la joyeuse couronne

Qui puisse décorer le fatal cortège… ?

Mosaïque des yeux pour vêpres claironne

Hymne d’heureux silence, pour lever du siège :

Tout ce monde attend que je sois ton trône.

At corpus non terminatur cogitatione nec cogitatio corpore.

(Spinoza, „Etica”) 

XX

Le sans endroit

Sans cœur pour l’accueillir, sang en excès

En sus de ce que blessures ont pu extraire

Offrande de vie aux furtives vérités

Offrande de vie aux pales chimères

Comme s’il lui manque le bon regard, qui sache

Ou est-ce qu’il faut la prochaine goutte semer

Aveugle, aux regards d’amour s’attache

Sang sans oiseaux sur vent sans air levé

Que je puisse donc ouvrir au cœur souffrant

Les yeux qui pour le monde doivent se fermer

Même si au cout d’y être poignardé

D’amour meurtri, plongeon dans le néant…

Rétine ressuscitée, paupière amère :

Mort non corrigée, regarde ta misère… !

XXX

The no place

Heartless to welcome him, excess blood

In addition to what injuries may have extracted

Offering life to stealth truths

Offering life to chimera blades

Like he misses the good look, who knows

Or does it take the next drop sow

Blind, with the looks of love attached

Blood without birds on wind without air up

So I can open to the suffering heart

The eyes that for the world must close

Even if at the cost of being stabbed

Bruised love, dive into nothingness…

Risen retina, bitter eyelid:

Dead unjusted, look at your misery…

Dr Alexandru – Theodor Amarfei