Vol d’oiseau – Alexandru Theodor Amarfei


I

Carême

(Gemini)

Siège calcaire pour goélands, le séduit pensif vaisseau

Par ombres, goutte après goutte, dans les cloitres de silence,

Tamise des raisons-ermites, pour que précipices en haut

Puissent surgir pour les étoiles, du noir de vie, les semences.

Pour me porter aux funérailles il n’y’aura point de bouclier ;

Désirs du corps et trots d’agile jument tombée enceinte

Vont par céleste baiser dans les hauteurs déménager,

Vont imposer aux seiches d’océan une cristalline astreinte…

Que puissent couler les encres brunes salés par le néant ;

Que puisse sonner le trot, galop sphérique sans propriétaire !

Adviens, mon bien-aimé, car je t’ai attendu autant… !

Tu peux me reposer dans le noyau d’un soleil neuf…

Je manque, au nadir du vide, les rayons de ton mystère

Pour m’enflammer du rouge du sang le jaune noirci de l’œuf.

II

Crypte

(Cancer)

Au-dessous des rêves, la cote perdue te fait surgir l’encens

Bien-aimée, reine des épreuves, cheval trojan du ciel turquois,

Aux raisons épais des ères – touche suave d’odeur du bois,

Baptême d’anges, déluge des fruits d’un été convalescent…

Chaste jonction troupeaux des fleurs fait surgir dans jardinières

De feu inconnu par cendres et de terre sans touche du fruste ;

Eaux profondes lin de silence arrosent pour linceul des sphères

Epreuve-reine, ennui du bleu pour les astres très vétustes…

Comme s’ils étaient des secondes, leurs chandelles brulent les éons

Pour que, chantée par lumières, raisonnée par arc-en-ciel,

Tu puisses tisser sur le temps les couleurs de l’éternel,

Comme ciment pour mur des briques ailes célestes te font bâillon,

Que ton ventre gît dans larmes et les yeux dans l’accouchement

Pour le sidéral aride – cimetière aux chats-huants.

III

Joaillerie  

(Leo)

Le soleil mendiant pour ombre remonte la pourpre aux grappes ;  

Ombre mendiant pour toi, j’envoie pigeons en volée 

Pour que la pourpre des ailes soit bénie par ton lever,

Pour que la tempête des cœurs touche du vin nouveau attrape.

Douane féroce des renards demande péage de fatigue,

Réseaux des faucons s’emparent d’impitoyables décimes ;

Dans tellure et sidéral, le concert de leur lésine

Brouille l’innocent portatif par les grinces d’avide intrigue…

Y’a pour autant des victimes, succombées avant les noces

Une rétribution qui fasse plus paisible leur supplice ?

Oh ! voilà, leur sang se draine comme dans invisibles fosses,

Octroi dans trame de souffrance, leur mort érige le calice,

Ailes rompues dans l’éphémère lettres des prières embossent

Et blessures de désespoir logent la splendeur des rubis…

IV

Le pendu

(Virgo)

Rejeté par toi, prison de silence

Dans l’attente du supplice vient d’accueillir

Mon corps. L’espoir même devient la potence;

L’amour, noeud coulissant, va me meurtrir.

Une éternité de solitude pétrie

Vient d’ouvrir pour moi la sombre ravine

Mon coeur te regarde d’un oeil triste, pourri,

Creusé par les rapaces dans ma poitrine…

Pas des larmes pour moi, mais ce monde glacé

Point de compassion n’aura dans ses yeux !

J’ai compris que tu n’as pas pu m’aimer…

Que les orbites vides puissent nouveau printemps

Susciter pour fondre cet hiver affreux!

Car ou seront, prince, mes regards d’antan… ?

V

Aigle

(Libra)

Balance éloigné du cœur, pensée droite, coup de vent gauche,

Je charge vers l’azur chansons que personne ne prononcera ;

Scrutant le moindre mouvement, majestueux et sans reproche,

Je plonge pour fourrer mes griffes aux gibiers qui sont à moi.

Dans les hauteurs et par terre, le pouvoir non partagé

Sur l’empire qui ne connait ni défi, ni obéissance

Encercle, de l’invisible, comme un astucieux joailler,

La couronne qui capte d’en haut les sacrées incandescences.

J’ai voulu tout ça t’offrir, car l’amour vient, le vilain,

De tomber en coup de foudre et bruler au cœur le toit…

La terre est réduite aux cendres, sachant que t’as pas besoin

De mon âme, oh, le plus pauvre roi réduit à ses exploits…

Tout ce que j’ai conquis s’avère un appui pour vol en vain

Balance exilé du ciel, amour gauche, vent sans endroit…

VI

Pélican

(Scorpio)

Hiéroglyphes des écailles captent plongeons au fond des eaux

Et censure avide enlève leur mystère d’en dessous des songes;

Broderie fluide des signes aux poussins du vrai ou faux

Emprunte ses pouvoirs occultes pour les ailes en manque d’allonge.

Dans les profondeurs nocturnes, les cauchemars ouvrent ravines;

Malgré les graisses qui préparent le vol vers les bords d’Afrique,

La colonie est hantée par mémoires de la famine :

La souffrance des jeunes suscite la dévotion frénétique,

Les becs font sortir le sang des pieuses anciennes poitrines

Dans un sommeil agité par une messe des hérétiques.

Quand je serais sur la croix et soumis aux tentations;

Quand le mythe de la piété succombera à ses mensonges,

Car indigne de racheter la nouvelle génération,

Y’aura quelqu’un pour hausser sur la branche d’hysope l’éponge… ?

VII

Cigogne

(Sagittarius)

Ils racontent de moi dans les contes des fées

Que j’annonce bonheur aux futurs parents

Et que je suis un des plus fiers guerriers

Contre les crapauds et les vils serpents.

En dépit de la prudence que j’aime autant,

Une fée m’a jeté sa malédiction :

J’ai mangé, pour mériter cette punition, 

Un crapaud qui renfermait son prince charmant…

Un don que j’arrive pas de digérer

Me condamne à vie d’y rester errant,

Faire aller-retour, sans trouver ma paix

Jusqu’au delta du Nile, pour rechercher

D’empoissonner le prince par un serpent

Ou trouver une reine qui puisse le libérer…

VIII

Autruche

(Capricornus)

Les oiseaux ne pleurent pas, n’ont pas des larmes

Mais il peut y pleuvoir avec des oiseaux ;

La majesté d’azur meurtrit ses charmes

Et laisse tomber par terre tous ses joyaux…

Le vol m’est interdit. Splendide misère,

Mes plumes ne font que d’ornement pour fêtes.

Dans le désert des ailes tombées par terre,

Je suis l’oiseau de vide, j’enfonce la tête ;

Elles vont voler dans mon labile mystère,

Leur mort va apaiser ma très longue quête.

Quand les tempêtes sauvages de manque d’amour

Détruisent tout ce qu’aura pu jamais voler,

Aux ailes d’Icare je donne discret secours :

Refuge dans mon absence elles vont trouver…

IX

Verticale 

(Aquarius)

Regarde, regarde, parmi douleur sans quête !

Abîme-toi dans les cieux, profond oubli…!

Le soleil mur frappe contre l’alouette,

Proie sanglée entre plumes et l’infini !

Ah, pour gouter le sang, t’aurais envie…

Mais il arrive toujours dans un ventre

Et jamais dans le cœur, ou tu rentres

Comme sur la manche de ton seigneur béni.

Rebel contre ceux qui t’ont transformé

Dans une écriture muette, l’avalanche

De statues, impuissance pétrifiée,

Munit ta captivité d’un défi:

Descente au sacre, merle aveugle, blanche

Qui va accompagner ton vol vieilli.

X

Cassandra

(Pisces)

Arbre avec racines au-delà des étoiles,

Dont le tronc de lumière est nourri par pensées ;

Les branches de vent bruissent feuilles des oiseaux, qui dévoilent

Fruits-poissons, quand elles plongent dans les eaux pour chasser.

On se vante d’être très raisonnables, très sages

Avec nos « un plus un fait deux », irrépressibles

Contraintes d’écorche morte pour le grand tronc, pris otage

D’une révolte contre le verbe, chair invisible.

Au lieu de les sauver, j’appelle les haches d’obscur

Messagers sombres, harpies et les chauves-souris

Pour faire les oiseaux chasser seulement pour l’envie

De nourrir en cercle le pénible séjour…

Que la lune intervienne, avec l’annonce d’éclipse !

Que les vols de famine claironnent l’apocalypse !

XI

Coq

(Aries)

J’ai besoin de tes larmes pour le cri triomphal

Qui trouve échos dans les fissures de l’édifice:

Qu’elles puissent noyer et saler le temps hibernal

Qui neige étoiles mortes sur le bois de justice.

Non, y’a pas besoin de ta foi, mais de ses blessures.

Elle ne pourra pas conquérir le paradis,

Mais son ultime soupir va guérir les morsures,

Va offrir des baptêmes impossibles jadis!

Des soleils jeunes recevront des noms indicibles

Pour les hymnes qui rayonnent les lumières des astres,

Le déni de soi meurt d’une noyade paisible

Et il reprend la vie de la veille la plus chaste:

Je ne saurais jamais reproduire ce qu’il t’a dit

Quand le verbe a muté ton levant à minuit.

XII

Nettoyage

(Taurus)

Chasse aux insectes par nuée des étourneaux

Sous la peau d’une bête qu’on ne voit pas encore ;

Confession : l’eau, dans les empreintes des sabots ;

Une étincelle lointaine elle arrive de clore.

Le taureau pas encore venu fait la veille

D’une étoile depuis longtemps éteinte aux cieux,

Mais les parasites sont là, cène de merveille

Pour apaiser l’agitation des oiseaux.

Mais pourquoi je porte des cornes ? Pourquoi je meurs ?

Pourquoi, érodé jusqu’au squelette pleurant,

Je remplis des larmes les empreintes de l’ardeur

Qui décorait mes exploits d’auparavant ?

Myraculé d’amour, je suis nettoyé

Par un ange enveloppé dans tes pensées…

Dr. Alexandru – Theodor Amarfei

At corpus non terminatur cogitatione nec cogitatio corpore – (Spinoza, „Etica”) 

Imaginea: Este o lucrare ce aparține tot domnului doctor Alexandru – Theodor Amarfei, reprezentând, după modesta mea înțelegere: Răstignirea Întregii Sfinte Treimi.